Immobilier 101

Vice caché au Québec : les conditions et vos recours

Par Georges Matar · · 9 min de lecture

Vice caché au Québec : les conditions et vos recours

L’eau arrive au printemps, dans un sous-sol fini acheté l’automne précédent. Le premier réflexe est d’appeler un entrepreneur et de faire réparer. C’est souvent le geste qui fait perdre le recours. Avant les travaux, il y a quatre conditions à vérifier et une lettre à envoyer.

Les quatre conditions du vice caché, une par une

L’article 1726 du Code civil pose la règle. Le vendeur garantit que le bien et ses accessoires sont, lors de la vente, exempts de vices cachés qui le rendent impropre à l’usage auquel on le destine, ou qui diminuent tellement son utilité que l’acheteur ne l’aurait pas acheté, ou n’aurait pas donné si haut prix, s’il les avait connus. Le deuxième alinéa exclut deux choses : le vice caché déjà connu de l’acheteur, et le vice apparent.

L’OACIQ en tire quatre caractéristiques, et elles sont cumulatives. Le vice existait au moment de l’achat. Il était inconnu de l’acheteur. Il n’était pas apparent. Il est à ce point grave que, s’il l’avait connu, l’acheteur n’aurait probablement pas acheté ou aurait demandé une diminution de prix. Une seule qui manque, et le dossier tombe.

ConditionCe qu’elle exigeCe qui la fait tomber
CachéRien ne le révèle à un examen sérieuxUne trace visible le jour de la visite
GraveIl change le prix ou la décision d’acheterL’usure normale, l’entretien reporté
AntérieurIl existait déjà à la signatureUn bris survenu après la vente
InconnuL’acheteur l’ignoraitUn défaut inscrit aux Déclarations du vendeur

Un point surprend les vendeurs : l’OACIQ écrit que le fait que le vendeur ignore le vice, ou que le vice ne se manifeste qu’après la vente, ne diminue en rien la garantie. Une exception franche subsiste, l’article 1731 : la vente faite sous contrôle de justice ne donne lieu à aucune obligation de garantie de qualité.

Acheteur prudent et diligent : ce que l’inspection prouve vraiment

Le vice apparent, selon l’article 1726, est celui qui peut être constaté par un acheteur prudent et diligent sans avoir besoin de recourir à un expert. Éducaloi en tire la conséquence : la loi ne vous oblige pas à retenir un inspecteur, elle vous oblige à agir avec prudence, et ne pas faire d’inspection, ou ne pas la faire de façon prudente et diligente, revient à accepter l’immeuble avec tous les vices qui auraient pu être décelés.

L’inspection est visuelle. L’inspecteur ne perce pas les murs. Mais il doit attirer votre attention sur les éléments qui pourraient justifier une inspection plus poussée, et c’est cette phrase du rapport qui décide du dossier plus tard : si elle est là et que vous n’y avez pas donné suite, le vice a été signalé.

L’OACIQ impose quatre exigences au professionnel que le courtier peut vous recommander : une assurance responsabilité professionnelle contre les fautes, erreurs ou omissions, une convention de service reconnue, une norme de pratique reconnue, et un rapport écrit. Sur le certificat de la Régie du bâtiment du Québec, soyez précis : la RBQ le délivre depuis le 1er octobre 2024, et il deviendra obligatoire pour tous les inspecteurs le 1er octobre 2027. En 2026, un inspecteur non certifié exerce encore légalement. Le reste est dans l’inspection préachat au Québec.

Ce que « grave » veut dire en pratique

Éducaloi définit le vice comme un défaut important qui diminue la qualité de l’immeuble et qui empêche le propriétaire de l’utiliser ou d’en profiter normalement. Puis il pose le test réel : vous avez un recours si le défaut est grave à un point tel que vous auriez exigé un prix moins élevé si vous aviez été au courant. C’est un test sur votre décision, pas sur le montant de la facture. Un défaut qui rend le sous-sol inhabitable le passe. Une fenêtre en fin de vie sur une maison de 1975 ne le passe pas, parce qu’une usure prévisible n’est pas un vice. Aucune source officielle ne fixe de montant plancher, et méfiez-vous de quiconque vous en cite un.

Prouver que le vice existait avant la vente

C’est la condition la plus contestée, parce que le fardeau de la preuve repose sur vous. Une seule présomption existe dans le Code, et elle est étroite. L’article 1729 vise la vente par un vendeur professionnel : l’existence du vice au moment de la vente est présumée lorsque le mauvais fonctionnement du bien ou sa détérioration survient prématurément par rapport à des biens identiques ou de même espèce, à moins que le défaut vienne d’une mauvaise utilisation par l’acheteur.

Encore faut-il que votre vendeur le soit. Éducaloi range dans cette catégorie l’individu qui tire ses revenus d’activités de vente d’immeubles sur une base régulière et celui qui a construit l’immeuble pour le vendre. Sont non professionnels le particulier qui vend sa propre maison, celui qui vend occasionnellement des immeubles, le prêteur qui vend une reprise et le liquidateur de succession.

Devant un vendeur particulier, donc, rien ne se présume. L’antériorité se démontre : l’âge d’une fissure, la nature d’un cerne, la date d’une installation. C’est le travail d’un expert en bâtiment, et son rapport est la pièce centrale du dossier. Aucune source officielle ne permet d’affirmer qu’un vice apparu trois ou six mois après la vente serait présumé antérieur.

Dénoncer par écrit : l’étape qui fait perdre des dossiers solides

L’article 1739 est court et il décide de tout. L’acheteur qui constate que le bien est atteint d’un vice doit, par écrit, le dénoncer au vendeur dans un délai raisonnable depuis sa découverte. Lorsque le vice apparaît graduellement, ce délai court du jour où l’acheteur a pu en soupçonner la gravité et l’étendue. Un seul cas est réservé : le vendeur ne peut invoquer une dénonciation tardive s’il connaissait ou ne pouvait ignorer le vice.

Combien de temps ? Éducaloi répond que le délai raisonnable s’évalue selon les circonstances, qu’il faut compter le temps nécessaire pour identifier et mesurer la gravité du vice, et que de façon générale un délai de 6 mois à un an sera considéré comme raisonnable, exceptionnellement plus long si le vice se manifeste de façon saisonnière. C’est une marge pour faire expertiser, pas pour hésiter.

Et voici l’erreur qui revient. Éducaloi est explicite : si vous ne voulez pas assumer le coût des travaux, ne commencez pas les réparations à vos frais. Le vendeur doit avoir l’occasion de vérifier l’existence et la gravité du vice, de constater les dommages, et de réparer ou de remplacer. Un sous-sol refait avant d’avoir écrit au vendeur, c’est une preuve détruite. Seule exception : les réparations urgentes, si le vice est dangereux ou risque d’endommager gravement l’immeuble ou de mener à sa perte.

Vous pouvez aussi transmettre directement une mise en demeure plutôt qu’un simple avis. Elle contient la description du vice, vos demandes, vos conditions et le délai pour répondre, et elle est le préalable à une poursuite. Notez ce que votre courtier ne peut pas faire ici : l’OACIQ lui interdit de donner une opinion juridique, par exemple sur les délais, et de rédiger une mise en demeure.

Vos recours : diminution du prix, annulation, dommages

Éducaloi énumère ce que la garantie permet d’obtenir selon la situation : une diminution du prix, le remboursement des travaux faits ou nécessaires pour remédier au vice, un remboursement pour les dommages subis dans certaines circonstances, ou l’annulation de la vente avec remise de l’immeuble et remboursement du prix payé.

Les dommages ont leur propre article. Le 1728 prévoit que si le vendeur connaissait le vice ou ne pouvait l’ignorer, il est tenu, outre la restitution du prix, de réparer le préjudice subi. Sa connaissance ne crée donc pas la garantie, elle en élargit la facture. Pour chiffrer une diminution de prix, il faut un repère de valeur avant de retrancher le coût des travaux : l’estimateur de valeur de propriété donne le point de départ, l’entrepreneur donne le reste.

Un dernier élément se vérifie au titre. L’OACIQ rappelle qu’une vente antérieure faite « aux risques et périls de l’acheteur » rompt la chaîne de transmission des garanties : à partir de là, elles sont réinitialisées. Votre recours contre les propriétaires antérieurs dépend donc des actes précédents, détaillés dans vente sans garantie légale au Québec.

Trois ans pour agir, et le tribunal qui vous entendra

L’article 2925 fixe à trois ans la prescription d’une action personnelle dont le délai n’est pas autrement fixé, et Éducaloi précise le point de départ pour un vice caché : trois ans à partir de la découverte du vice, et non pas de la date d’achat. L’article 2926 ajoute que lorsque le préjudice se manifeste graduellement ou tardivement, le délai court du jour où il se manifeste pour la première fois. Ces trois ans ne remplacent pas la dénonciation de l’article 1739 : ce sont deux horloges, et la courte est celle qui fait perdre les dossiers.

La Cour des petites créances entend les demandes de 15 000 $ ou moins, intérêts non compris, et Éducaloi donne comme exemple la réclamation du coût des travaux au vendeur pour un vice caché. Vous y agissez seul, sans avocat, et vous pouvez réduire votre réclamation à 15 000 $ pour y accéder même si les travaux coûtent 21 000 $. Une médiation gratuite y est offerte. Au-delà, il faut un avocat, et aucune source officielle ne me permet d’avancer un coût moyen.

La première semaine après la découverte

  1. Photographier et dater avant de toucher à quoi que ce soit.
  2. Ne rien réparer, sauf urgence. Arrêter l’eau, oui. Refaire le sous-sol, non.
  3. Ressortir vos documents : rapport d’inspection préachat, Déclarations du vendeur sur l’immeuble, acte de vente et sa clause de garantie.
  4. Écrire au vendeur, avec preuve de réception : le vice, la date de la découverte, votre demande qu’il vienne constater.
  5. Faire expertiser par un expert en bâtiment, sur l’antériorité et sur le coût des travaux.
  6. Consulter un avocat ou un notaire sur la mise en demeure et sur le texte exact de votre acte de vente.
  7. Tout consigner : dates, appels, réponses. C’est ce dossier qui vaudra devant le juge, pas votre souvenir.

Questions fréquentes

J’ai fait inspecter et l’inspecteur n’a rien vu. Ai-je encore un recours ? Oui, en principe. Éducaloi rappelle qu’une inspection ne garantit pas l’absence de vice. Relisez toutefois le rapport : s’il recommandait une vérification plus poussée que vous n’avez pas faite, cette phrase sera opposée à votre diligence.

Puis-je faire les travaux et envoyer la facture au vendeur ? C’est le scénario le plus risqué. Éducaloi demande de ne pas commencer les réparations à vos frais, parce que le vendeur doit pouvoir vérifier le vice, constater les dommages et réparer lui-même. Seules les réparations urgentes font exception.

Le vice vient de l’avant-dernier propriétaire. La garantie se transmet le long de la chaîne des ventes, mais une vente antérieure faite aux risques et périls de l’acheteur la rompt, note l’OACIQ. Demandez au notaire de vérifier les actes antérieurs avant de choisir contre qui vous agissez.

Pour compléter, lisez sept échecs qui font dérailler une transaction et se retirer d’une propriété : sept signaux qui se vérifient sur papier.


Un doute sur un défaut découvert après votre achat à Laval ou à Montréal ? Écrivez-moi. Je regarde vos Déclarations du vendeur et votre rapport d’inspection, et je vous dirige vers le bon professionnel.


Georges Matar
Georges Matar

Courtier Immobilier Résidentiel · RE/MAX DU CARTIER INC.

Contacter Georges
Appeler