Financement

Refinancement hypothécaire au Québec : est-ce rentable ?

Par Georges Matar · · 10 min de lecture

Refinancement hypothécaire au Québec : est-ce rentable ?

Trois demandes arrivent au même bureau sous trois noms différents : renouveler, transférer, refinancer. Une seule de ces opérations ouvre un nouveau prêt, déclenche une pénalité et se réinscrit au registre foncier. C’est presque toujours celle que le client appelle par un autre nom. Voici comment savoir laquelle vous voulez, et comment vérifier si elle tient la route.

Renouveler, transférer, refinancer : trois gestes différents

Le renouvellement. À l’échéance du terme, chez le même prêteur. Le solde et l’amortissement continuent, aucun nouveau prêt n’est créé. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada précise qu’un prêteur sous réglementation fédérale doit vous remettre un état de renouvellement au moins 21 jours avant la fin du terme, et prévient que si vous ne faites rien, le renouvellement peut être automatique. Vous n’obtenez alors probablement pas le meilleur taux.

Le transfert. Même moment, autre prêteur. Même solde, même amortissement restant, aucune pénalité puisque le terme est arrivé à échéance. Ce qui change, ce sont les frais d’ouverture chez le nouveau prêteur : selon l’ACFC, des frais de quittance, d’inscription, de transfert ou de cession. Depuis le 16 décembre 2024, le ministère des Finances du Canada a retiré l’obligation d’appliquer le taux admissible minimal aux prêts à faible ratio qui changent de prêteur à l’échéance. Trois conditions : l’amortissement contractuel est maintenu, aucun retrait de valeur nette n’est permis, et le solde ne peut augmenter que de 3 000 $ pour couvrir les frais de la transaction.

Le refinancement. Là, on casse. On rouvre le prêt avant l’échéance, ou on augmente le solde, ou on change l’amortissement. C’est un nouveau prêt : qualification complète, nouvelle inscription au registre foncier, et pénalité si le terme n’est pas terminé.

RenouvellementTransfertRefinancement
MomentÀ l’échéanceÀ l’échéanceN’importe quand
Nouveau prêtNonNonOui
PénalitéNonNonOui, hors échéance
Solde augmentéNonNon, sauf 3 000 $ de fraisOui, jusqu’au plafond
Nouvelle demandePas obligatoireOui, sans taux admissible minimalOui, complète

Le plafond de 80 % qui encadre tout refinancement hypothécaire

Ce plafond n’est pas une politique de banque, c’est une loi. L’article 418 de la Loi sur les banques interdit à une banque de consentir un prêt garanti par un immeuble résidentiel qui, avec les créances de rang égal ou antérieur, dépasse 80 % de la valeur de l’immeuble. Seule porte de sortie, prévue au même article : la portion excédentaire doit être garantie ou assurée par un organisme gouvernemental ou par un assureur privé agréé.

Et un refinancement ordinaire ne s’assure pas. Depuis le 30 novembre 2016, le ministère des Finances du Canada impose sept critères à l’assurance des prêts à faible ratio. Le premier vise l’objet du prêt : l’achat d’une propriété, ou le renouvellement subséquent d’un tel prêt. Un refinancement n’est ni l’un ni l’autre. Pas d’assurance, donc pas de dépassement du 80 %.

L’arithmétique surprend. Maison reconnue à 600 000 $, solde de 380 000 $ : le plafond est de 480 000 $. Vous ne sortez pas 220 000 $ de valeur nette, vous sortez au mieux 100 000 $, avant les frais.

Si une partie du montant prend la forme d’une marge. La ligne directrice B-20 du Bureau du surintendant des institutions financières attend des institutions fédérales qu’elles limitent la composante non amortie d’une marge de crédit hypothécaire à un rapport prêt-valeur autorisé d’au plus 65 %. Ce qui dépasse doit être amorti.

Une exception existe depuis 2025. Pour les demandes d’assurance soumises à compter du 15 janvier 2025, un refinancement assuré est permis si l’argent sert à construire des logements additionnels : jusqu’à 90 % de la valeur après travaux, valeur inférieure à 2 000 000 $, amortissement de 30 ans au plus, quatre logements au maximum. La SCHL ajoute que le logement créé ne peut être loué pour des périodes de moins de 90 jours consécutifs.

La pénalité, le chiffre qui décide de tout

Un prêt fermé se brise contre une pénalité. L’ACFC est nette : un prêt ouvert se résilie sans pénalité de remboursement anticipé, un prêt fermé, non. La pénalité correspond habituellement au plus élevé de deux montants, soit trois mois d’intérêts sur le solde impayé, soit le différentiel de taux d’intérêt.

Le différentiel ne se calcule pas d’une seule façon. L’ACFC explique que le prêteur compare deux taux. Pour le premier : le taux affiché au moment de la signature, ou votre taux actuel ou escompté selon le contrat. Pour le second : le taux affiché courant pour un terme de durée semblable, ou ce taux moins le rabais consenti au départ. Quatre combinaisons, quatre résultats.

L’exemple chiffré de l’agence donne la mesure de l’écart. Solde de 200 000 $, taux de 6 %, 36 mois restants, taux affiché courant de 4 % pour un terme de 36 mois. Trois mois d’intérêts donnent 3 000 $. Le différentiel donne 12 000 $. Ce sont les 12 000 $ qui sont payables, plus des frais d’administration possibles.

Retenez la mécanique : le différentiel ne mord que si le taux courant pour un terme comparable est plus bas que le vôtre. S’ils sont égaux ou supérieurs, il s’effondre vers zéro et il reste les trois mois d’intérêts. Pour le décor, la Banque du Canada a maintenu son taux cible du financement à un jour à 2,25 % le 2 septembre 2026.

Avant de payer quoi que ce soit, mesurez l’écart de versement avec le calculateur hypothécaire. Si l’économie cumulée sur les mois qui restent au terme ne couvre pas la pénalité et les frais, la réponse est déjà devant vous.

Ce que vous perdez en brisant un prêt assuré

La prime a été payée une fois, et elle ne revient pas. Le barème de la SCHL pour un prêt à propriétaire-occupant va de 0,60 % du montant du prêt jusqu’à un rapport prêt-valeur de 65 %, à 4,00 % entre 90,01 % et 95 %. Sur un prêt de 400 000 $ souscrit à 95 %, cela fait 16 000 $ ajoutés au prêt.

La taxe, elle, est sortie de votre compte. La SCHL précise que certaines provinces, dont le Québec, appliquent une taxe de vente provinciale sur la prime, et que cette taxe ne peut pas être ajoutée au montant du prêt. Elle se paie comptant à la clôture. Sur ce poste, voyez le vrai coût de l’assurance SCHL.

La transférabilité ne vous sauvera pas. La SCHL permet de transporter une assurance existante vers une nouvelle propriété, avec un crédit de prime de 100 % dans les six mois suivant la clôture initiale, de 50 % dans les douze mois et de 25 % dans les vingt-quatre mois. Mais elle sert un achat : la SCHL exige que la propriété soit vendue et que le nouveau prêt finance l’acquisition de la suivante. Un refinancement ne déclenche rien de cela. Vous brisez un prêt assuré, la prime reste payée, et le prêt qui le remplace ne peut pas être assuré à son tour.

Les frais à additionner avant de dire oui

L’ACFC énumère ce qu’il faut faire chiffrer avant de briser un contrat : la pénalité, les frais d’administration, les frais d’évaluation, les frais de réinvestissement, et les frais de quittance pour radier la charge actuelle et en inscrire une nouvelle. Si vous aviez reçu une remise en argent à la signature, une portion peut aussi devoir être remboursée.

Au Québec, deux de ces postes ont un prix public. Voici la tarification du registre foncier, en vigueur depuis le 1er avril 2026.

PosteTarif
Inscription d’un droit, dont l’hypothèque145 $ par réquisition
Radiation, quittance ou mainlevée165 $ par réquisition
Inscription additionnelle à radier101 $ de plus
État certifié des droits17 $
Consultation d’un document1,50 $

Le reste n’a pas de tarif fixé. Le gouvernement du Québec rappelle que seuls les notaires et les avocats sont habilités à préparer une quittance, que des frais sont exigibles pour la publier, et que la radiation n’a rien d’automatique : elle se demande. Voyez le rôle du notaire au Québec. Pour les frais d’évaluation, aucun tarif public n’existe : exigez le montant par écrit avant d’autoriser la commande.

Les trois situations où le refinancement hypothécaire se défend

Une dette à taux élevé qui étouffe le budget. L’ACFC le formule sans enthousiasme : regrouper des dettes à intérêt élevé dans un produit à taux plus bas peut vous faire économiser, mais peut allonger la période de remboursement et coûter davantage en intérêts au fil du temps. La condition est facile à énoncer, difficile à tenir : garder l’amortissement, pas l’étirer. Son rapport sur les marges de crédit hypothécaires montre pourquoi : 25 % des consommateurs ne paient que les intérêts ou le minimum.

Des travaux qui créent un logement. C’est le seul cas où le plafond de 80 % se lève, jusqu’à 90 %, selon les règles en vigueur depuis le 15 janvier 2025. L’argent doit servir à construire le ou les logements, et le financement additionnel ne peut pas dépasser le coût du projet.

Une mise de fonds pour un immeuble à revenus, au bon moment. Sortir de la valeur nette pour acquérir un actif qui produit un revenu se défend, à condition que la pénalité soit faible ou nulle : près de l’échéance du terme, ou lorsque le différentiel s’effondre. Les seuils de mise de fonds sont dans bâtir un portefeuille immobilier.

Et un cas où il ne se défend à peu près jamais : refinancer sur 25 ans une dépense qui sera morte dans cinq.

Le dossier à préparer pour un refinancement au Québec

Je suis courtier immobilier, pas prêteur ni notaire. Mon rôle s’arrête à la valeur de la propriété et à ce qu’elle permet.

Questions fréquentes

Je veux refinancer pendant mon terme. C’est possible ? Oui, sur un prêt fermé, contre une pénalité. Exigez le montant par écrit avant toute autre question. Si la pénalité dépasse l’économie sur les mois restants, attendre l’échéance coûte moins cher qu’agir aujourd’hui.

Mon voisin dit qu’il a refinancé sans pénalité. Comment ? Deux explications probables. Il a transféré son prêt à l’échéance, ce qui n’est pas un refinancement. Ou il a utilisé une option de fusion et prolongation, que l’ACFC décrit comme une façon de prolonger le prêt avant la fin du terme sans pénalité, le prêteur fusionnant l’ancien et le nouveau taux.

Est-ce que je dois repasser le test de résistance ? Pour un refinancement, oui : c’est un nouveau prêt non assuré. L’exemption du 16 décembre 2024 vise uniquement les prêts à faible ratio qui changent de prêteur à l’échéance, et elle exclut tout retrait de valeur nette.

La banque peut-elle refuser après l’évaluation ? Oui. Le plafond de 80 % se calcule sur la valeur que le prêteur reconnaît, pas sur celle que vous espérez ni sur l’évaluation municipale. Un écart à la baisse réduit le montant disponible, parfois jusqu’à rendre l’opération inutile.

Pour compléter, lisez ce qui se décide avant votre taux hypothécaire et comment les taux d’intérêt se transmettent au marché de Montréal.


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Georges Matar
Georges Matar

Courtier Immobilier Résidentiel · RE/MAX DU CARTIER INC.

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