Guide de l'acheteur

Votre cote de crédit bloque silencieusement votre maison de rêve (et comment y remédier)

Par Georges Matar · · 6 min de lecture

Votre cote de crédit bloque silencieusement votre maison de rêve (et comment y remédier)

Prenez un acheteur type : ingénieur en logiciel, bon emploi, épargne solide, enthousiaste à l’idée d’acheter son premier condo à Laval. Il trouve l’endroit. Il fait une offre. Elle est acceptée. Puis, trois jours avant l’échéance de la condition de financement, son courtier hypothécaire l’appelle.

Cote de crédit : 618.

La transaction tombe. Douze mois plus tard, après un vrai travail sur son crédit, il achète, mais pas cette propriété, et à un prix plus élevé parce que le marché avait bougé entre-temps.

Cette histoire se répète plus souvent qu’on ne le croit, et elle est presque toujours évitable. Voici comment.

Quelle cote faut-il vraiment ?

Les seuils varient d’un prêteur à l’autre, mais les ordres de grandeur utilisés au Canada sont assez stables :

CoteCe que ça donne concrètement
760 et plusMeilleurs taux offerts, flexibilité maximale
700 à 759Bonnes chances d’approbation, taux compétitifs
680 à 699Généralement approuvable dans une grande banque
620 à 679Prêteur alternatif probable, taux plus élevé
Sous 620Financement conventionnel difficile

Deux précisions qui comptent :

Pour une hypothèque assurée, c’est-à-dire avec moins de 20 % de mise de fonds, l’assureur exige une cote minimale d’environ 600 pour au moins un des emprunteurs. Sous ce seuil, l’assurance est refusée, donc le prêt aussi.

La cote n’est pas le seul critère. Le prêteur regarde aussi votre ratio d’endettement, la stabilité de votre revenu et la nature de votre emploi. Une excellente cote ne compense pas un ratio d’endettement trop élevé, et l’inverse est vrai aussi.

Les cinq facteurs, par ordre de poids

1. L’historique de paiement, environ 35 %. C’est le facteur dominant, et de loin. Un seul paiement en retard de plus de trente jours peut faire chuter une bonne cote de plusieurs dizaines de points, et la mention reste environ six ans au dossier. Automatisez au moins le paiement minimum de chaque compte : c’est la protection la plus rentable qui existe.

2. Le taux d’utilisation, environ 30 %. C’est la proportion de votre limite que vous utilisez. Visez moins de 30 %, et moins de 10 % si vous cherchez activement à faire monter votre cote.

Détail que presque personne ne connaît : ce n’est pas votre solde en fin de mois qui compte, c’est le solde au moment où l’émetteur transmet le relevé. Vous pouvez payer votre carte au complet chaque mois et afficher quand même un taux d’utilisation de 80 % si vos achats passent avant la date de relevé. Payez une partie avant cette date et l’effet est immédiat le mois suivant.

3. L’ancienneté du dossier, environ 15 %. Ne fermez jamais votre plus vieille carte, même inutilisée. Sa date d’ouverture soutient la moyenne d’âge de votre dossier, et fermer un compte réduit aussi votre limite totale, ce qui fait monter votre taux d’utilisation. Deux effets négatifs pour une seule décision.

4. La diversité du crédit, environ 10 %. Avoir à la fois du crédit renouvelable, comme une carte, et du crédit à remboursement fixe, comme un prêt auto, démontre une capacité à gérer les deux.

5. Les nouvelles demandes, environ 10 %. Chaque demande ferme laisse une trace. Elles restent visibles environ trois ans, mais elles pèsent surtout dans les douze premiers mois. Évitez toute nouvelle demande dans l’année qui précède votre demande hypothécaire.

À noter : magasiner votre taux hypothécaire auprès de plusieurs prêteurs sur une courte période est traité comme une seule recherche. C’est le seul cas où les demandes multiples ne vous pénalisent pas.

Le piège du dossier mince, très fréquent au Québec

Beaucoup de Québécois utilisent peu le crédit : une seule carte, aucune dette, tout est payé comptant. C’est une excellente gestion personnelle, et c’est un problème pour un prêteur.

Avec moins de trois comptes actifs, ou un historique de moins de deux ans, le système n’a pas assez de données pour calculer un risque fiable. Le résultat n’est pas une mauvaise cote, c’est une cote non concluante, et certains prêteurs refusent sur cette seule base.

La correction est simple mais demande du temps : ouvrez un deuxième produit, utilisez-le pour de petites dépenses régulières, remboursez avant la date de relevé. Il faut environ douze mois pour que le dossier devienne exploitable. C’est exactement pour ça qu’on s’occupe du crédit un an avant d’acheter, pas trois semaines avant.

Ce qui se corrige vite, et ce qui prend des années

En 30 à 60 jours : baisser le taux d’utilisation. C’est le levier le plus rapide qui existe. Payer les soldes avant la date de relevé peut faire bouger la cote dès le cycle suivant.

En 3 à 6 mois : faire corriger une erreur au dossier. Elles sont plus fréquentes qu’on pense : un compte fermé encore affiché comme actif, une dette déjà réglée, parfois le dossier de quelqu’un d’autre au nom semblable. Vous avez droit à votre dossier gratuitement chez Equifax et chez TransUnion. Demandez les deux, ils ne contiennent pas toujours la même information, et contestez par écrit ce qui est faux.

En 12 mois et plus : effacer l’effet d’un retard de paiement, bâtir un dossier mince, rétablir une cote après un dossier en recouvrement. Il n’y a pas de raccourci ici, seulement des paiements propres, mois après mois.

Méfiez-vous des services qui promettent de « réparer votre crédit » rapidement contre paiement. Ce qui est exact au dossier ne peut pas être retiré, et tout ce qui est faux, vous pouvez le faire corriger vous-même, gratuitement.

La liste avant de demander votre préapprobation

  1. Sortez vos deux dossiers, Equifax et TransUnion, et lisez-les au complet.
  2. Contestez par écrit toute erreur, et gardez les preuves.
  3. Descendez chaque carte sous 30 % de sa limite, avant la date de relevé.
  4. Ne fermez aucun compte, même inutilisé.
  5. Aucune nouvelle demande de crédit pendant au moins six mois.
  6. Automatisez tous vos paiements minimums.
  7. Visez douze mois de paiements sans faute avant de déposer votre demande.

Deux erreurs qui coûtent la transaction après l’approbation

Acheter à crédit entre l’approbation et la signature. Le prêteur vérifie souvent votre dossier une seconde fois, juste avant le décaissement. Un prêt auto ou un financement de meubles contracté entre les deux peut faire annuler l’approbation, à quelques jours de la signature chez le notaire.

Changer d’emploi pendant le processus. Même pour un meilleur salaire. La stabilité d’emploi fait partie de l’évaluation, et une période d’essai recommence le calcul.

Le bon moment pour vous occuper de votre crédit, c’est le jour où vous commencez à penser à acheter. Pas le jour où vous trouvez la propriété. La capacité d’emprunt vous donne l’autre moitié du portrait : ce que votre revenu permet réellement.


Vous voulez savoir si votre profil est prêt pour une hypothèque ? Prenez contact, je vous mets en relation avec un courtier hypothécaire de confiance.


Georges Matar
Georges Matar

Courtier Immobilier Résidentiel · RE/MAX DU CARTIER INC.

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