Investissement

Acheter un chalet au Québec : puits, septique et accès

Par Georges Matar · · 9 min de lecture

Acheter un chalet au Québec : puits, septique et accès

Un chalet se vend avec une photo du lac. Ce qui décide du dossier ne s’y voit pas : la largeur de la bande riveraine, la capacité de la fosse, la distance entre le puits et le champ d’épuration, et le nom de celui qui déneige le chemin. Voici les vérifications, dans l’ordre où elles font reculer un acheteur.

Acheter un chalet au Québec : la bande riveraine décide avant vous

La rive est définie par règlement, pas par le vendeur. Le Règlement sur les activités dans des milieux humides, hydriques et sensibles (chapitre Q-2, r. 0.2) définit à son article 4 la rive comme la partie du territoire qui borde un lac ou un cours d’eau, mesurée horizontalement à partir de la limite du littoral vers l’intérieur des terres. Elle est de 10 m lorsque la pente moyenne est inférieure à 30 %, ou que, à 30 % et plus, elle présente un talus de 5 m de hauteur ou moins. Elle passe à 15 m lorsque la pente moyenne est de 30 % ou plus et continue, ou que le talus dépasse 5 m.

Dans cette bande, la taille de végétaux est interdite. L’article 26 ne laisse que deux ouvertures : la taille requise pour réaliser une autre activité, comme la construction d’un bâtiment, et la percée visuelle dans la strate arborescente. Cette percée ne peut excéder 5 m de largeur ou représenter plus de 10 % de la longueur totale de la rive située sur le terrain, percées déjà présentes comprises. Les remblais et déblais y sont eux aussi interdits, sauf lorsque l’activité en exige nécessairement (article 19).

Un détail que découvrent tard ceux qui pensent louer : l’article 52 interdit, dans un littoral et dans une rive, l’implantation d’un établissement d’hébergement touristique et la conversion d’un bâtiment en un tel établissement.

Et la municipalité peut être plus sévère. L’article 3 du même règlement écarte l’article 118.3.3 de la Loi sur la qualité de l’environnement pour une municipalité qui délimite une rive plus large que les largeurs de l’article 4. Ajoutez la MRC : l’article 103 de la Loi sur les compétences municipales lui donne compétence à l’égard des cours d’eau à débit régulier ou intermittent. La MRC des Laurentides, par exemple, l’exerce par entente intermunicipale avec chaque municipalité.

Le lac, lui, ne vous appartient pas : l’article 919 du Code civil place le lit des lacs et cours d’eau navigables et flottables, jusqu’à la ligne des hautes eaux, dans le domaine de l’État, et l’article 920 laisse toute personne y circuler sans prendre pied sur les berges.

Inondation, érosion et zone de mobilité

Le même règlement définit la zone de mobilité : l’espace dans lequel le lit du cours d’eau peut se déplacer sous l’effet de processus physiques, dont l’érosion et la sédimentation. Un bâtiment au sec aujourd’hui peut se retrouver dans la trajectoire du lit.

En zone inondable, l’article 56 impose des mesures d’adaptation à l’implantation, à la reconstruction, à l’agrandissement et au déplacement d’un bâtiment : sous l’objectif de protection applicable, seuls l’entreposage et le stationnement, et des clapets antiretour sur les drains. L’article 55 ajoute que déplacer un bâtiment situé dans une rive doit l’éloigner du littoral. Avant de budgéter un agrandissement, faites confirmer par écrit ce que la carte permet.

Puits et fosse septique : dimensionnés pour l’occupation prévue

La fosse septique

Le Règlement sur l’évacuation et le traitement des eaux usées des résidences isolées (chapitre Q-2, r. 22) appelle résidence isolée une habitation de 6 chambres à coucher ou moins. Son article 15 fixe la capacité minimale de la fosse selon ce nombre.

Chambres à coucherCapacité totale minimale
12,3 m³
22,8 m³
33,4 m³
43,9 m³
54,3 m³
64,8 m³

Le piège est dans votre projet, pas dans l’installation actuelle. Le dernier alinéa de l’article 2 tolère l’installation d’un bâtiment déjà construit tant que les eaux ne sont pas une source de nuisances ni une source de contamination des eaux de puits ou des eaux superficielles. Mais l’article 4 prévoit que, devant une demande de permis pour une chambre à coucher supplémentaire, la municipalité réévalue les normes applicables si le débit total quotidien dépasse la capacité du dispositif. Une chambre de plus au sous-sol peut donc déclencher le remplacement de l’installation.

Deuxième indice : l’article 13 exige une vidange au moins une fois tous les 4 ans pour une fosse utilisée de façon saisonnière, et tous les 2 ans pour une fosse utilisée à longueur d’année. Demandez les reçus, le permis municipal et l’étude de caractérisation (article 4.1). Le rythme des vidanges dit comment le vendeur occupait réellement le chalet.

Le puits et l’eau potable

Le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (chapitre Q-2, r. 35.2) impose à l’article 17 des distances minimales : 15 m ou plus d’un système étanche de traitement des eaux usées, 30 m ou plus d’un système non étanche, ou 15 m si le puits est scellé conformément à l’article 19.

La potabilité ne se présume pas. Le gouvernement du Québec recommande de faire analyser l’eau par un laboratoire accrédité : les paramètres microbiologiques au moins deux fois par année, les contaminants chimiques au moins une fois pendant la période d’utilisation du puits. Sur le débit, je n’ai trouvé aucune norme provinciale imposant un essai de rendement pour un puits résidentiel existant : c’est une vérification à négocier, pas une obligation.

Les vérifications avant d’acheter un terrain reprennent ces mêmes règlements sous l’angle de la constructibilité, avec les milieux humides et les servitudes.

Quatre saisons ou trois saisons : le chemin et le prêteur

Accessible à l’année est un critère de financement, pas une formule de vendeur. La fiche du produit SCHL Résidence secondaire est nette : la propriété doit être habitable et prête à être occupée en tout temps et à l’année, et accessible toute l’année, au moyen d’un pont ou d’un traversier si elle est sur une île. Le produit vise une propriété d’un logement occupée par le propriétaire, avec un prêt-valeur jusqu’à 95 % et une mise de fonds de 5 % sur la première tranche de 500 000 $ de la valeur d’emprunt, puis 10 % du reste. L’emprunteur propriétaire occupant est limité à deux propriétés assurées par la SCHL en tout temps. Chiffrez les deux versements ensemble avant de visiter, avec le calculateur hypothécaire.

Le chemin. L’article 70 de la Loi sur les compétences municipales dit que toute municipalité locale peut entretenir une voie privée ouverte au public par tolérance du propriétaire, sur requête d’une majorité des propriétaires ou occupants riverains. Le verbe est « peut » : aucune municipalité n’y est tenue. Demandez par écrit le statut du chemin, la servitude publiée au Registre foncier, l’entente d’entretien et le contrat de déneigement. Une entente verbale entre voisins ne survit pas à une vente.

Assurer un chalet au Québec : votre contrat d’habitation ne suit pas

Le Bureau d’assurance du Canada décrit trois formules : l’habitation saisonnière, un contrat de base aux protections limitées ; le propriétaire occupant, comme pour une résidence principale ; et le contrat « Incendie garanties annexes », greffé à la police de votre maison, sans responsabilité civile.

Pour la formule propriétaire occupant, l’assureur demande généralement quatre choses : occuper le chalet régulièrement, par exemple deux fois par mois à l’année, avoir un chemin carrossable en tout temps, ne pas louer plus de 30 jours par année à des tiers, et posséder un chalet respectant les normes de construction. Le vol et le vandalisme, eux, ne sont pas couverts dans un contrat saisonnier ni dans un contrat incendie garanties annexes, sauf protection additionnelle.

Voilà pourquoi trois saisons coûte deux fois, au financement et à l’assurance. Obtenez une soumission écrite avant de lever vos conditions, comme pour toute maison difficile à assurer.

Revente, gain en capital et location à court terme

Un chalet peut être une résidence principale au sens fiscal, mais un seul bien à la fois. Le folio S1-F3-C2 de l’Agence du revenu du Canada range le chalet parmi les logements admissibles, exige qu’il soit normalement habité dans l’année par le contribuable, son conjoint, son ex-conjoint ou son enfant, et précise qu’une occupation même brève suffit. Pour les années postérieures à 1981, une seule propriété par unité familiale peut être désignée comme résidence principale pour une année donnée. Désigner le chalet rend donc imposable une partie du gain réalisé sur la maison, et l’inverse est vrai aussi. C’est un calcul de comptable, à faire avant l’achat.

Si votre plan est de louer à la nuitée, relisez l’article 52 cité plus haut. Les règles de la location à court terme expliquent l’enregistrement auprès de la CITQ, le zonage municipal et la déclaration de copropriété, trois autorisations qui ne se remplacent pas. Et au-delà de 30 jours de location par année, la formule d’assurance change.

Questions fréquentes

Le vendeur dit que la fosse est conforme. Ça vaut quoi ? Rien sans document. Demandez le permis municipal, l’étude de caractérisation et les reçus de vidange. Une installation ancienne peut être tolérée tant qu’elle ne pollue pas, sans respecter les normes actuelles.

Je veux ajouter une chambre au sous-sol. Problème ? Possiblement. La municipalité réévalue les normes applicables si la chambre supplémentaire pousse le débit au-delà de la capacité du dispositif.

Puis-je couper quelques arbres pour voir le lac ? Une percée visuelle dans la strate arborescente, d’au plus 5 m de largeur ou de 10 % de la longueur de la rive sur votre terrain, percées existantes comprises. Rien de plus. Le règlement municipal peut être plus sévère.

Les vérifications avant de déposer votre promesse

VérificationLe document à obtenir
Rive et littoralLa largeur applicable, les règlements municipal et de la MRC
Zone inondableLa cartographie à jour et les contraintes d’agrandissement
Fosse septiquePermis, étude de caractérisation, reçus de vidange
PuitsDistances de l’article 17, analyses microbiologique et chimique
CheminStatut, servitude publiée, entente d’entretien, déneigement
Quatre saisonsIsolation, chauffage permanent, accès carrossable à l’année
AssuranceUne soumission écrite, formule et exclusions nommées
Prêt et fiscalitéLa position du prêteur, l’effet de la désignation

Chaque ligne devient une condition datée dans la promesse.

Pour compléter, lisez les vérifications en zone inondable et ce qui se déduit quand on est propriétaire.


Un chalet vous intéresse dans les Laurentides ou dans Lanaudière ? Écrivez-moi. On demande les documents à la municipalité et à la MRC avant votre promesse.


Georges Matar
Georges Matar

Courtier Immobilier Résidentiel · RE/MAX DU CARTIER INC.

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